Nouveaux antimicrobiens

Surmonter les résistances aux antimicrobiens

La pandémie de COVID-19 a révélé au public à quel point les maladies infectieuses constituent une menace pour l'humanité. Évidemment, les spécialistes ont fait ce constat depuis très longtemps. À l’instar du coronavirus SRAS-CoV-2, de nombreux autres pathogènes (virus, bactéries, champignons et parasites) pourraient conduire à la même situation si nous ne disposions pas de médicaments pour les contrer. Le problème est que, bien que de nombreux antimicrobiens existent, l’évolution naturelle des microorganismes conjuguée à notre mauvaise utilisation de ces traitements ont favorisé le développement de résistances. Ces super-pathogènes qui résistent à des antimicrobiens fruits de décennies de recherche et d’innovation se répandent désormais à grande vitesse sur toute la planète. En exploitant l’immense potentiel de la matière noire microbienne, DEINOVE développe aujourd’hui de nouveaux antimicrobiens pour surmonter ces résistances.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a sonné l’alarme dès 2001 [1] en rappelant  l’augmentation très inquiétante des résistances aux antimicrobiens (RAM). Près de 20 ans plus tard, nous sommes pourtant très loin d’avoir résolu le problème. Aux États-Unis, au moins 2,8 millions de personnes contractent chaque année une infection résistante à un ou plusieurs antibiotiques et plus de 35 000 en meurent [2]. La situation n'est guère meilleure en Europe où ces bactéries sont impliquées dans 670 000 infections et 33 000 décès chaque année [3]. Aujourd’hui, les conséquences sanitaires et économiques à long terme de cette crise sont connues : 10 millions de morts par an à partir de 2050 auxquels s’ajouterait une perte de production de 100 000 milliards de dollars soit plus que le produit intérieur brut mondial ![4]

Les superbactéries vont tuer "plus que le cancer" d'ici 2050

L’urgence est donc de contourner les mécanismes de défense de ces super pathogènes à l’aide de nouveaux antimicrobiens. Reste que l’industrie biopharmaceutique peine encore à identifier et développer ces nouveaux traitements. Dans le seul domaine des infections bactériennes, plus de 100 antibiotiques ont été développés depuis 1928, date à laquelle le premier antibiotique a été découvert (la pénicilline). Ces antibiotiques tuent les bactéries (bactéricides) ou inhibent leur croissance (bactériostatiques) en ciblant différentes molécules et fonctions. Par exemple, les bêta-lactames, comme la pénicilline, inhibent la synthèse de la paroi cellulaire de la bactérie, les quinolones interfèrent avec la synthèse de son ADN et les tétracyclines inhibent celle de ses protéines. En pratique, la plupart de ces antibiotiques n'appartiennent qu'à un peu plus de 20 familles chimiques différentes découvertes entre 1929 et 1962. Depuis cet âge d’or, le pipeline s’est tari : la plupart des nouveaux antibiotiques sont des dérivés de synthèse de molécules existantes et seules 3 nouvelles classes de médicaments ont été découvertes (oxazolidinones, lipopeptides et malacidines) !

Chronologie de la découverte des antibiotiques

Chronologie de la découverte des antibiotiques

Si la chimie de synthèse a permis l’amélioration des antimicrobiens existants, l’immense majorité de ces médicaments sont néanmoins dérivés de métabolites secondaires produits par des microorganismes. Une fois l’âge d'or terminé, les scientifiques ont cependant renoncé progressivement à identifier de nouveaux antimicrobiens dans des bactéries en raison du taux élevé de redécouverte. Les récents progrès technologiques (séquençage à haut débit, spectrométrie de masse, sciences des données, biologie synthétique, nouvelles technologies de culture…) permettent aujourd'hui d'explorer la biodiversité d'une toute autre manière : des espèces autrefois inconnues peuvent être détectées et même cultivées, les produits de leur métabolisme sont plus facilement identifiés et leur production peut être optimisée. Grâce à ces nouveaux outils, DEINOVE est en mesure d’accélérer la découverte de nouveaux antimicrobiens en s’appuyant sur un réservoir à molécules au potentiel quasi illimité : la matière noire microbienne.

Pour conforter ses développements, la Société bénéficie aussi d’un environnement économique et règlementaire plus favorable. Pour préserver l’efficacité des nouveaux antimicrobiens, les autorités de santé cherchent, légitimement, à limiter leur prescription ce qui limite de fait la taille du marché.  Conscientes des limites du modèle, les institutions françaises et internationales ont mis en œuvre des mesures pour soutenir les efforts de R&D des sociétés les plus innovantes du secteur, et créer des conditions de marché plus favorables. Lancé en 2017 par DEINOVE, le programme AGIR est ainsi soutenu depuis l’origine par le Gouvernement Français au travers de son programme Investissements d’Avenir.

 

[1] WHO Global Strategy for Containment of Antimicrobial Resistance. 2001

[2] Antibiotic resistance threats in the united states. US Department of Health and Human Services. Center for Disease Control and Prevention. 2019

[3] Surveillance of antimicrobial resistance in Europe. Annual report of the European Antimicrobial Resistance Surveillance Network (EARS-Net). 2018

[4] Tackling Drug-Resistant Infections Globally: Final Report And Recommendations The Review On Antimicrobial Resistance Chaired By Jim O’neill. Welcome Trust and the UK Department of Health.May 2016